Trump contre les néolibéraux : Les tarifs douaniers comme marqueur d’une différence idéologique

En 1953, Louis Baudin, professeur de droit et néolibéral affirmé, écrivait « L’aube d’un nouveau libéralisme »[1]. Il est saisissant d’y trouver des commentaires d’une actualité remarquable. Il nous explique notamment que « les tarifs douaniers protecteurs sont admissibles par les néolibéraux qui, cependant, déplore leur établissement lorsque celui-ci ne correspond pas à une nécessité par exemple à l’urgence de l’installation ou du développement d’une industrie de caractère militaire » (p. 157). Plus loin on peut lire que « [v]ouloir accroître ses exportations en fermant les frontières aux importations, toute chose étant égale par ailleurs, est un procédé contradictoire qui a encore été appliqué récemment » (p. 161).

Cela donne raison à l’historien Gary Gerstle qui évoque la fin du néolibéralisme avec l’arrivée de Trump au pouvoir pour son premier mandat[2]. La question qui se pose en ce moment, avec le second mandat, est de savoir dans quel monde nous entrons et, si nous entrons dans un monde différent, c’est qu’un autre monde a pris fin. La réaction de l’Union européenne aux tarifs douaniers notamment sous la forme de « normes » montre l’opposition entre une Union européenne néolibérale puisqu’elle croit fermement dans l’interventionnisme juridique positif pour contrôler les forces du marché et donc aux normes tandis que le Trumpisme se présente comme un anti-néolibéralisme dans une Amérique foncièrement libérale au sens classique du « Laisser-faire ».

Les attaques contre la branche judiciaire du pouvoir politique pouvait déjà permettre de conclure à une politique anti-néolibérale. Elles incarnent ce mépris des experts. Le néolibéralisme, contrairement au populisme, fait de l’expert une source de légitimité dans l’édiction de normes juridiques (AFP, Tarifs douaniers: comment l’UE peut répliquer à Trump?, 4 avril 2025) cherchant même à se défaire des parlements et donc de la politique au maximum. Le populisme prend le contre-pied de cette approche et fait de la souveraineté populaire la seule légitimité de la règle de droit (se référer aux nombreuses déclaration de la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt et des membres du cabinet pour s’en convaincre). L’expert s’en trouve disqualifié. Il s’agit aussi du retour du politique dans une ère néolibérale guidée par la neutralité politique des avis d’experts. Les lois naturelles de l’économie conduisent au progrès et à l’accroissement du niveau de vie. Cette vérité est inconstestable même si elle s’obtient par la prolétarisation et l’exploitation des pays du Sud au profit du mode de vie des pays du Nord.


En somme, la question des tarifs vient mettre en évidence que Donald Trump se détache du néolibéralisme (c’est l’évidence) et propose son propre agenda (qui reste à comprendre et à définir). Trump est sans doute le négatif du néolibéralisme et la conséquence politique de ce dernier. Le domaine juridique est révélateur de cette orientation politique. Un « clash » était à prévoir. Les annonces de la fin de la mondialisation illustre cette rupture entre deux époques.


[1] Louis Baudin, L’aube d’un nouveau libéralisme, Paris, Éditions M.-Th. Génin. Librairie de Médicis, 1953.

[2] Gary Gerstle, The Rise and Fall of the Neoliberal Order. America and the World in the Free Market Era, New-York, Oxford University Press, 2022.

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